PRINCIPAUX THEMES

  • Changement climatique, sécurité alimentaire et agriculture
  • L’adaptation au changement climatique dans une perspective agro-alimentaire
  • L’innovation pour faire face aux défis posés par le changement climatique
  • Agriculture durable et renforcement des capacités
  • Le lien entre les biocarburants et le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire
  • La biodiversité marine et la gestion des pêcheries selon une approche écosystémique
  • Remise en question du système agro-alimentaire dans le contexte du changement climatique
  • Bien-être animal, production et consommation durables
  • Impacts de l’alimentation sur le climat et la nécessité d’une consommation « verte »
  • Le changement climatique, la conservation des écosystèmes et de la biodiversité
  • Une gestion proactive et coordonnée des politiques

1. Changement climatique, sécurité alimentaire et agriculture

Les projections montrent que la production alimentaire mondiale sera l’une des activités humaines les plus affectées par le changement climatique. Elles indiquent que la croissance de la production alimentaire globale et celle de la population mondiale pendant les prochaines décennies pourraient être déséquilibrées. Le changement climatique pourrait aggraver les disparités régionales en réduisant le rendement des récoltes dans les terres situées aux latitudes inférieures où beaucoup de pays en voie de développement sont situés. Des stratégies pour permettre l’adaptation des capacités locales sont nécessaires afin de minimiser les impacts du climat et maintenir une stabilité régionale de la production alimentaire. Dans le même temps, l’agriculture apparaît comme un secteur qui offre différentes opportunités pour atténuer les émissions de gaz a effet de serres qui sont directement liés à la production agricole.

Selon le GIEC, des milliards de personnes devront s’attendre à faire face à des variations de la configuration des pluies dans les prochaines décennies, en particulier dans les pays en développement. Cela aura pour conséquence d’importantes pénuries d’eau, ou des inondations. La hausse des températures engendrera pour sa part un décalage des saisons de croissance des cultures. En conséquence, on assistera à une aggravation de la pénurie en nourriture et une distribution des vecteurs de maladies, et les populations seront à leur tour exposées à de plus grands risques sanitaires.

Il ne suffirait que d’un seul désastre affectant le climat, l’eau, ou la météo, pour réduire à néant des années de gains en développement économique. De plus, les changements climatiques auront pour résultat une augmentation de l’insécurité alimentaire, plus particulièrement pour les personnes disposant de peu de ressources dans les pays en développement, et qui ne peuvent subvenir à leurs besoins alimentaires par l’intermédiaire du marché, qui est hors de leur portée. Par conséquent, les communautés doivent absolument se prémunir face à la possibilité des crises alimentaires, par une utilisation judicieuse de leurs ressources afin de préserver leurs moyens de subsistance et leurs biens. Il est donc impératif d’identifier et d’institutionnaliser des mécanismes qui permettent aux plus démunis d’être mieux armés face aux impacts du changement climatique. Ceci implique une approche participative et une réponse aux problématiques issues de l’interaction entre la sécurité alimentaire, le changement climatique, ainsi que l’agriculture et le développement durable.

2. L’adaptation au changement climatique dans une perspective agro-alimentaire

Tous les systèmes sociaux et environnementaux qui sont sensibles au climat, incluant l’agriculture, les réserves en eau (l’eau est en train de devenir le nouveau pétrole et l’agriculture est l’un des domaines clés dans lequel cette ressource importante est inégalement répartie), la foresterie, la santé humaine, les habitations en zones côtières, et les écosystèmes naturels, devront tous s’adapter au climat changeant, sous peine de souffrir des effets négatifs du changement climatique. Cependant, il faut s’attendre à ce qu’il y ait un certain degré de changement climatique peu importe avec ou sans la mise en place de sévères mesures environnementales.

L’adaptation au changement climatique va donc devenir une nécessité dans certaines régions et pour certains systèmes socioéconomiques et environnementaux. Les mesures d’adaptation peuvent grandement varier : on peut par exemple investir dans une protection contre les inondations, varier le type de graines que l’on plante, investir dans des systèmes d’avertissements météorologiques, etc. Ces interventions doivent être entreprises par les producteurs, les industries, ainsi que par les décideurs, sous peine de ne pas produire les résultats escomptés. Néanmoins, l’adaptation risque de ne pas être suffisante pour faire face à l’amplitude croissante de certains effets prévus du changements climatique, surtout à long terme. Ainsi, il faudra miser sur une combinaison de l’atténuation du changement climatique couplée à une adaptation à ce dernier.

Le changement climatique représente autant un risque qu’une opportunité pour les producteurs. Il y a de fortes chances qu’il contribue à la réduction de l’activité agricole, mettant à risque le rendement des cultures et la qualité des graines dans bon nombre de régions, menant ainsi à une instabilité économique et sociale. Dans beaucoup de pays, les fermiers prennent déjà des mesures afin d’y faire face, mais son amplitude et la complexité de certains évènements soudains qui lui sont liés (tempêtes violentes, changements dans la configuration des pluies, arrivée de nouvelles vermines et maladies), mettent à rude épreuve leur capacité d’adaptation. Les activités d’adaptation relatives à la gestion des terres cultivées peuvent simultanément démontrer des résultats mitigés, comme les cultures et les activités fermières par rotation et plus diversifiées. La gestion des terres cultivées et des pâturages a aujourd’hui le plus haut potentiel d’atténuation biophysique global de l’agriculture.

3. L’innovation pour faire face aux défis posés par le changement climatique

Dans ce scénario complexe et dynamique, où les niveaux de croissance de la population et ceux de la demande alimentaire doivent être considérés comme un aspect crucial, un cadre politique qui stimule et protège convenablement tout en récompensant l’investissement dans la recherche, l’innovation et la technologie, est essentiel et doit permettre de relever avec succès les défis posés par le changement climatique.

L'innovation jouera un rôle essentiel dans la réduction des émissions et l'adaptation au changement climatique par rapport à l'agriculture. Les technologies, les pratiques de gestion et les approches d'accroissement de rendement peuvent apporter une contribution substantielle à la préservation de l’environnement en réduisant les demandes pour les terrains non cultivés. L'innovation et la diffusion des technologies innovatrices exigent, notamment, des marchés libres et un cadre de normalisation permettant la protection pertinente des droits de propriété intellectuels.

4. Agriculture durable et renforcement des capacités

L’agriculture durable répond simultanément aux objectifs environnementaux, économiques et sociaux. La durabilité économique requière des entreprises profitables et une planification financière intégrée. La durabilité sociale requière pour sa part une circulation d’argent au sein de l’économie locale, et le maintien ou l’amélioration de la qualité de vie pour la famille des producteurs agricoles. La durabilité environnementale nécessite finalement que les quatre processus des écosystèmes soient en bon état (circulation d’énergie, cycle de l’eau et des minéraux, ainsi qu’une dynamique viable). Chaque décision peut faire une différence et contribuer à l’avancement du système dans sa totalité, au sein du « continuum de l’agriculture durable ».

Dans cette perspective, le renforcement des capacités revêt une importance toute particulière, et devrait être intégré de manière systématique à tous les niveaux de production. Néanmoins, dans les pays pour lesquels l’agriculture représente le secteur dominant, ce renforcement systématique des capacités de production devrait aller de paire avec un renforcement des capacités en science et en ce qui à trait à la technologie dans le secteur agricole, afin d’arriver à des résultats tangibles, surtout dans les domaines considérés comme prioritaires.

Le processus du renforcement des capacités doit être accompagné d’une amélioration à l’accès à l’information, comme; l’information agronomique, les mises à jour des prix et de la météo, afin de donner aux fermiers la possibilité d’utiliser leurs connaissances et de maximiser leur productivité. Dans la mesure où les dommages environnementaux peuvent être causés par une utilisation déséquilibrée et irresponsable des engrais, de l’eau, des agents fertilisants, ainsi que par une utilisation excessive des nutriments, il est d’une extrême importance que l’on inculque aux producteurs agricoles de saines mesures de gestion d’agroécosystèmes, par le truchement de programmes intégrés de renforcement des capacités qui seront plus à même de favoriser une agriculture durable.

5. Le lien entre les biocarburants et le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire

L’agriculture fait à la fois partie de la cause et de la solution au changement climatique. Les changements d’affectation des terres et l’agriculture contribuent à près d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre, mais ils présentent également l’opportunité de réduire le dioxyde de carbone par les mécanismes de séquestration du carbone, et permettent également la production de biocarburants. L’expansion de la production agricole de sources d’énergie présente des implications vastes et complexes. La production de biocarburants renforce le lien entre l’énergie et les secteurs agricoles, en interagissant avec la sphère politique, le niveau social, économique, et environnemental. Elle a également un impact sur les ménages, les entreprises, et le secteur privé. Par conséquent, l’optimisation de la production de biocarburants en terres marginales pour garantir la production alimentaire, pourrait être envisagée comme l’une des solutions possibles au changement climatique.

6. La biodiversité marine et la gestion des pêcheries selon une approche écosystémique

Les ressources marines diminuent dangereusement en raison de différents facteurs, dont les pêches excessives, la pollution et le réchauffement global. Cette raréfaction de la ressource est particulièrement préoccupante dans les pays du sud, où le poisson constitue une source de revenu pour des millions de personnes, et apparaît comme étant d'importance majeure en termes de sécurité alimentaire. Bien que les océans aient été considérés inépuisables pendant le siècle dernier, beaucoup de signes montrent désormais le déclin des ressources halieutiques. Localement comme globalement, la conclusion paraît identique : les activités de pêche semblent avoir atteint leur potentiel maximum.

Dans ce contexte, la recherche scientifique a un rôle essentiel à jouer, notamment du fait des lacunes persistantes sur cette thématique, car la concentration des efforts de recherche sur le fonctionnement des écosystèmes marins reste récente. Les activités de pêche ont un impact certain sur la protection des espèces marines et plus globalement sur les écosystèmes marins dans leur intégralité. Il y a désormais un besoin urgent de techniques de gestion qui prennent en compte les impacts des pêches sur l’écosystème dans sa globalité. Les pratiques actuelles trop souvent basées sur les politiques à court terme retiennent des arguments liés au profit économique et s’attachent peu à la durabilité des ressources marines et des écosystèmes.

7. Remise en question du système agro-alimentaire dans le contexte du changement climatique

La majorité d’habitants de la planète vit dans une seule unité de logement et n’achète pas régulièrement de grandes quantité de métaux, de bois ou de plastique. Néanmoins c’est par ce biais de l’alimentation, et plus précisément par la circulation globale des aliments qu’est déterminée en grande partie la manière dont les ressources planétaires sont utilisées. Les interactions multiples entre l’agriculture, la nourriture et les écosystèmes deviennent de plus en plus évidentes. Par exemple, la consommation croissante de viande par les êtres humains devient une préoccupation de plus en plus importante, les populations d’animaux d’élevage augmentent à un rythme plus élevé que celui des populations humaines - avec des conséquences importantes en terme de réchauffement climatique. Le bétail contribue aujourd’hui à 18 % du réchauffement climatique, ce qui représente une part probablement plus importante que celle du transport. De surcroit, le bétail est considéré comme le principal responsable du défrichement et de la perte de la diversité.

8. Bien-être animal, production et consommation durables

La production animale est d'une importance vitale pour le développement rural. Le bien-être animal peut aider les agriculteurs à obtenir un meilleur retour sur leur investissement. Cependant, l'élevage est également considéré comme responsable à hauteur de 18% des émissions de gaz à effet de serre (GES). Retenir un nombre important d’animaux dans un espace limité, peu importe la méthode, peut conduire au surpâturage, à la désertification et à la pollution environnementale. Il aura également un impact négatif sur la santé et le bien-être des animaux eux-mêmes. Avec une prise de conscience et une reconnaissance mondiale croissantes  de la sensibilité intrinsèque des animaux, nous avons besoin de développer des systèmes d'élevage durables pour minimiser les impacts à la fois sur les animaux et l'environnement. L'élevage industriel - où les animaux sont gardés à l'intérieur et se nourrissent surtout de céréales et de soja (souvent importées) - ne présente pas un moyen équitable de partage des ressources limitées en termes de nourriture et de l'eau. La question de la consommation excessive de produits animaux, en particulier dans les pays du Nord, doit être traitée aux niveaux national et mondial, tel que recommandé par le Rapport du PNUE de 2010. Celui-ci précise que  les impacts de l'agriculture devraient augmenter considérablement en raison de la croissance démographique et de la consommation croissante de produits d'origine animale. Contrairement aux combustibles fossiles, il est difficile de trouver actuellement des alternatives: les gens ont à manger. Une réduction substantielle de l'impact ne serait possible qu’avec un changement important de régimes alimentaires à travers le monde, avec bien sûr moins de produits d'origine animale.

9. Impacts de l’alimentation sur le climat et la nécessité d’une consommation « verte »

La grande majorité de nos consommations (aliments, vêtements, logement, agriculture, transports, technologie, vacances, etc.), dépendent d’une utilisation continuelle des carburants fossiles. L’augmentation des standards de la qualité de vie, la meilleure croissance économique et la hausse de la consommation continuent de représenter un idéal que tous cherchent à atteindre. Dans ce contexte, les défis du réchauffement climatique conscientisent peu à peu les politiciens et autres dirigeants de nos industries. Néanmoins, cette conscientisation demeure superficielle, et se limite souvent à trouver des alternatives aux émissions de gaz carbonique, qui ne sont en réalité qu’un symptôme, plutôt que la racine du problème. Pour traiter ce symptôme, les décideurs sont à la recherche de biocarburants pour remplacer les combustibles fossiles. Ils recherchent une solution technologique pour identifier de nouvelles sources d’énergie. Leur désir le plus profond est de maintenir la consommation à son niveau actuel, mais de se tourner vers de soit-disant « sources d’énergie durables ».

Les organisations mondiales et les gouvernements nationaux doivent prendre des décisions politiques radicales en ce qui concerne les orientations diététiques qu'ils proposent. La diminution du niveau de consommation de produits d’origine animale est l'une des principales stratégies pouvant bénéficier au climat, à l'environnement, à l'utilisation durable des ressources, à la santé humaine et au bien-être animal.

10. Le changement climatique, la conservation des écosystèmes et de la biodiversité

La biodiversité en général et l’agro-biodiversité en particulier sont à la base de la survie de l’humanité. Nous sommes dépendants des services écosystémiques rendus par la nature. Beaucoup de ces services sont cependant considérés comme des biens publics et ce faisant n’ont pas de prix de marché. En conséquence, leur perte n’est souvent pas détectée par nos systèmes économiques actuels. De nombreuses pressions comme la croissance de la population, l’urbanisation et le changement climatique causent des dommages additionnels à la conservation des écosystèmes et contribuent à accélérer leur dégradation et le déclin de la biodiversité. La conscience de la perte de la biodiversité et les conflits dans l’utilisation des services environnementaux soulignent le besoin d’une gestion rationnelle des ressources naturelles dans les zones sensibles qui prennent en compte à la fois les besoins environnementaux et les besoins humains. Il est, désormais, essentiel d’attacher une attention particulière aux bénéfices sociaux et économiques de la biodiversité afin de souligner les risques liés au déclin de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes, ce qui implique de favoriser la recherche dans les domaines des sciences naturelles, économiques et politiques afin de promouvoir des actions politiques dans ce sens.

11. Une gestion proactive et coordonnée des politiques

Une réponse rapide, coordonnée et multidisciplinaire est nécessaire pour appréhender le changement climatique, la perte de la biodiversité et l’insécurité alimentaire. Cette réponse devrait être adaptée aux circonstances locales et intégrer les effets de la sécurité alimentaire sur les facteurs non-climatiques comme le prix de l’énergie, les prix alimentaires et la production d’énergies alternatives. Cette approche devra associer des stratégies d’adaptation qui visent à réduire la vulnérabilité des plus pauvres au changement climatique. L’équation de l’alimentation mondiale est en train d’être modifiée et implique des modifications non seulement dans les thématiques agricoles et énergétiques mais aussi en matière sociale, environnementale et sécuritaire. Le besoin de réponse implique de combiner des démarches scientifiques, institutionnelles et d’innovations politiques qui devraient être prises en compte dans les stratégies mondiales, régionales et nationales.